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Innovation Canada : Le pouvoir d’agir

2. Origine et portée de l'examen (suite)

Innovation et stratégie commerciale

Quels facteurs incitent une entreprise à faire de l'innovation le pilier de sa stratégie concurrentielle? Qu'est-ce qui pousse certaines entreprises, et pas d'autres, à chercher continuellement de nouvelles façons de trouver ou de percer de nouveaux marchés, à élaborer des produits nouveaux ou améliorés, à tolérer les perturbations que suscite la mise en place de procédés et d'une organisation plus efficaces, et à assumer les risques (calculés) qui accompagnent toujours l'innovation? Malgré l'absence de consensus sur tous les facteurs qui entrent en jeu, le groupe d'experts a adopté, comme hypothèse de travail, une version modifiée du modèle logique élaboré par le Comité d'experts sur l'innovation dans les entreprises du CAC (voir la figure 2.4). Selon cette hypothèse, la décision prise par une entreprise d'adopter (ou non) une stratégie axée sur l'innovation dépend essentiellement des six grands facteurs décrits ci-dessous, dont l'importance varie d'une entreprise à l'autre.

  • Débouchés commerciaux. Le succès d'une stratégie commerciale dépend avant tout d'une bonne compréhension des besoins du client et de la détermination des débouchés commerciaux correspondants. Les stratégies commerciales axées sur l'innovation recherchent continuellement de meilleures façons de satisfaire les besoins actuels du client (p. ex., la messagerie express) ou de susciter de toutes nouvelles sources de demande (p. ex., le téléphone intelligent).
  • Caractéristiques structurelles. L'entreprise œuvre-t-elle dans un secteur traditionnellement axé sur l'innovation, comme la biotechnologie ou l'informatique, ou fournit-elle un service ou un produit plus courant? Est-elle une filiale d'une entreprise étrangère qui fait la majeure partie de sa R-D à l'étranger? Vend-elle ses produits à l'utilisateur final ou offre-t-elle des produits intermédiaires (p. ex., des ressources partiellement transformées) dans une chaîne de valeur mondiale?
  • Intensité de la concurrence. L'entreprise doit-elle innover sans cesse pour survivre, parce qu'elle offre un produit ou un service tributaire de l'évolution des goûts de la clientèle? Exerce-t-elle des activités sur un marché (intérieur ou étranger) où sévit une concurrence mondiale très vive et où elle se voit forcée d'innover afin de survivre et de prospérer?
  • Climat pour les nouvelles entreprises. L'entreprise fait-elle partie d'une grappe d'innovation où l'on trouve facilement du capital de risque sophistiqué, des connaissances à la fine pointe, des diplômés hautement qualifiés et d'autres entreprises qui possèdent une expertise complémentaire?
  • Politiques publiques. Les cadres et les politiques juridiques et réglementaires (p. ex., dans des domaines tels que la concurrence, la fiscalité des entreprises, les faillites et la propriété intellectuelle) sont-ils propices ou non à l'innovation en entreprise?
  • Ambition de l'entreprise. Quelle est la « culture organisationnelle » de l'entreprise? Dans quelle mesure l'entreprise présente-t-elle une aversion pour le risque? Dans quelle mesure est-elle résolue à prendre de l'expansion?

L'étude de tous ces facteurs dépasse le cadre du présent examen. Le mandat du groupe d'experts est axé sur les programmes de soutien du gouvernement fédéral à la R-D faite par les entreprises et à la R-D à but commercial. En fin de compte, l'efficacité de ce soutien dépend néanmoins de la volonté des entreprises canadiennes d'adopter des stratégies commerciales axées sur l'innovation qui requièrent de la R-D. À cet égard, l'intensité de la concurrence est la plus forte motivation. Dans le secteur privé, la « nécessité » créée par la concurrence est souvent la « mère » de l'innovation. Les avis donnés par le groupe d'experts dans le cadre du présent examen auront donc beaucoup plus d'incidence sur le rendement économique du Canada s'ils sont assortis d'une série de politiques de stimulation de la concurrence, tel que recommandé en 2008 par le Groupe d'étude sur les politiques en matière de concurrence, le « groupe d'étude Wilson » (voir l'annexe B). Ce groupe d'étude avait repéré plusieurs secteurs économiques qui demeuraient à l'abri de la concurrence par l'entremise de divers règlements, dont ceux restreignant la propriété étrangère. En tout, ces secteurs réglementés représentent environ 15 % du PIB de l'ensemble du secteur canadien des entreprises (Gu et Lafrance, 2010, p. 50; basé sur le PIB nominal de 2006), ce qui permet de penser qu'une réforme de la réglementation pourrait favoriser la concurrence dans de nombreux domaines et, de ce fait, soutenir l'innovation et la croissance de la productivité.

Figure 2.4 Processus d'innovation en entreprise — Modèle centré sur l'entreprise
Figure 2.4 Processus d'innovation en entreprise — Modèle centré sur l'entreprise

Une stratégie commerciale axée sur l'innovation constitue ce qui crée la « demande » d'activités de R-D en tant qu'intrant clé. Par ailleurs, l'étendue de la R-D menée par une entreprise sera aussi tributaire de son coût. Par conséquent, si les politiques et les programmes gouvernementaux réduisent le coût « d'approvisionnement » de la R-D pour une entreprise, celle-ci réalisera probablement plus de R-D qu'elle n'en ferait autrement. Il se pourrait même que les encouragements à la R-D soient assez intéressants pour pousser une entreprise à modifier au fil du temps sa stratégie commerciale afin d'accorder plus de place à l'innovation.

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L'innovation en entreprise — Au-delà de la R-D

L'innovation surgit partout dans l'économie, dans tous les secteurs et dans les entreprises de toute taille. D'ailleurs, l'innovation en entreprise englobe beaucoup plus que la R-D comme en témoigne très clairement la définition de l'innovation qu'en donne l'OCDE (mentionnée précédemment et dans l'encadré 2.1. L'innovation ne se retrouve pas uniquement, ni même principalement, dans les secteurs liés à la technologie de pointe, quoique l'utilisation efficace de la technologie reste un moteur clé de l'innovation et de la croissance de la productivité dans les économies modernes. Même dans les secteurs où la R-D est courante, de nombreuses innovations sont élaborées sans y avoir recours. À titre d'exemple, un rapport récent de l'OCDE, établi à partir de données recueillies dans 22 pays (notamment auprès du secteur manufacturier au Canada), indique que « les entreprises sont nombreuses à innover en matière de produits, de procédés, de marché ou d'organisation sans mener d'activités de R-D. C'est même le cas des entreprises qui commercialisent des produits nouveaux sur un marché en lançant avec succès des innovations considérées comme "technologiques". » (OCDE, 2010a, p. 23).

La R-D a néanmoins une importance déterminante au sein de l'économie puisqu'elle contribue de façon essentielle à l'innovation dans bon nombre des entreprises et des secteurs les plus dynamiques, qui sont à la fine pointe de la croissance mondiale et de la création de valeur (p. ex., des entreprises qui produisent ou utilisent de façon intensive des technologies omniprésentes, comme les TIC, la biotechnologie et les matériaux de pointe). Il existe généralement un lien étroit entre les activités qui dépendent en grande partie des connaissances et celles qui nécessitent de la R-D. On observe aussi une forte corrélation entre les dépenses de R-D des entreprises et d'autres indicateurs habituels de l'innovation comme les brevets, l'exportation de produits à forte intensité technologique et l'emploi de personnes très instruites. De plus, les avantages économiques des dépenses de R-D ne profitent pas seulement à celui qui effectue la R-D, mais débordent sur d'autres entreprises, amplifiant ainsi les retombées économiques. Toutes ces raisons avaient amené le Congressional Budget Office des États-Unis, dans une revue exhaustive de la littérature, à conclure que l'effet positif important des dépenses de R-D sur la croissance de la productivité faisait consensus, tout en reconnaissant la difficulté de quantifier précisément cet effet (2005, p. 1).

Le groupe d'experts, conformément à son mandat d'étudier la R-D effectuée par les entreprises dans le contexte plus général de l'innovation, s'est penché non seulement sur les programmes gouvernementaux qui favorisent directement l'augmentation des investissements directs dans la R-D menée par les entreprises, mais aussi sur ceux qui, dans la stratégie d'innovation d'une entreprise, appuient les facteurs clés complétant la R-D. Ces facteurs forment les quatre catégories d'intrants nécessaires pour mettre en œuvre une stratégie d'innovation lorsque la R-D constitue un élément essentiel (voir la figure 2.4 Ces quatre intrants complémentaires sont :

  • des idées et des connaissances qui soustendent l'innovation;
  • des personnes talentueuses, instruites et entrepreneuriales, dont l'imagination et l'énergie animent l'élaboration et la mise en œuvre de stratégies commerciales innovantes;
  • des réseaux, une collaboration et des liens qui permettent aux partenaires dans l'innovation de mettre en commun leur personnel et leurs ressources, et de partager l'information, les risques et les coûts;
  • du capital et du financement qui aident les entrepreneurs à faire le pont entre leurs idées novatrices et la viabilité commerciale.

Le présent examen s'intéresse aux initiatives fédérales qui aident les entreprises à mettre au point ces intrants ou à y accéder. Afin de situer le cadre des constatations et des recommandations énoncées dans les chapitres suivants, le groupe d'experts consacre le reste de ce chapitre à ces quatre intrants pour l'innovation en entreprise axée sur la R-D, et s'inspire d'études récentes pour résumer les principaux faits et hypothèses.

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Intrants pour l'innovation — Idées et connaissances

Aux fins du présent examen, l'acquisition « d'idées et de connaissances » par une entreprise désigne surtout les résultats de la R-D réalisée par l'entreprise elle-même ou à forfait. Il existe naturellement bien d'autres voies par lesquelles les entreprises peuvent trouver des idées qui stimulent l'innovation. En fait, les sondages effectués auprès d'entreprises innovantes montrent invariablement que la grande majorité des idées viennent des employés, des clients et d'autres entreprises (voir l'encadré 2.4). Néanmoins, pour conférer à ces idées une valeur commerciale appréciable, il faut souvent effectuer de la R-D et, presque toujours, comprendre et maîtriser des connaissances techniques complexes. De plus, les entreprises qui font de la R-D et qui sont au courant de la technologie de pointe pertinente sont mieux placées pour adopter ou adapter les innovations venant d'ailleurs.

La R-D ayant été effectuée au Canada en 2009 est évaluée à un peu moins de 30 milliards de dollars (1,92 % du PIB) surtout par le secteur des entreprises (15,2 milliards de dollars), suivi de l'enseignement supérieur (11,1 milliards) et des gouvernements (3  milliards) (OCDE, 2011). La figure 2.5 retrace l'historique des dépenses de R-D (en pourcentage du PIB) de ces trois principaux groupes.

Comme nous l'avons vu, le secteur de l'enseignement supérieur et les gouvernements jouent un rôle clé dans le système d'innovation canadien et viennent compléter le rôle des entreprises. Les universités effectuent la grande majorité de la recherche fondamentale, bien que la recherche fondamentale et la recherche appliquée soient de plus en plus interreliées. La R-D menée dans les collèges communautaires, les cégeps et les collèges polytechniques vise souvent à aider des entreprises à résoudre des problèmes de commercialisation, en transformant ces défis en sujets de travaux de recherche appliquée pour les étudiants. Les collèges communautaires, les cégeps et les collèges polytechniques aident aussi directement les entreprises à combler leurs besoins en innovation. C'est le cas notamment des centres collégiaux de transfert de technologie établis de longue date et associés aux collèges et cégeps québécois qui appuient les entreprises innovantes en leur fournissant du soutien technique, du développement technologique, de l'information et de la formation (voir aussi la figure 2.6). Les laboratoires gouvernementaux, quant à eux, effectuent de la recherche scientifique dans le cadre de leur mandat public et mènent également certaines activités de recherche à but commercial.

Figure 2.5 Dépenses de R-D au Canada, 1981-2009 (en pourcentage du PIB)
Figure 2.5 Dépenses de R-D au Canada, 1981-2009 (en pourcentage du PIB)

Encadré 2.4 D'où les entreprises tirent-elles leurs idées pour innover?

Le groupe d'experts a mené un sondage auprès d'un échantillon représentatif (selon la taille, la région et le secteur d'activité) de plus de 1 000 entreprises qui effectuent de la R-D au Canada. Une question clé du sondage était « Quelles sont les sources les plus importantes d'idées novatrices pour votre entreprise? a » (Les répondants pouvaient citer plusieurs sources.) Plus du tiers (37 %) des entreprises ont mentionné en premier lieu leurs employés en tant que source la plus importante d'idées novatrices, et un autre 22 % ont indiqué que les employés étaient l'une de leurs sources d'idées dans une mention subséquente. Les « clients » étaient la deuxième source mentionnée (25 % l'ont nommée en premier lieu). Aucune des autres sources d'idées mentionnées en premier lieu ne l'a été par plus de 5 % des entreprises sondées.


a Le sondage est analysé plus à fond au chapitre 5. (Retour au renvoi a)

Sources les plus importantes d'idées novatrices
« Quelles sont les sources les plus importantes d'idées novatrices pour votre entreprise? »
[Question ouverte : Réponses multiples acceptées]
Sources les plus importantes d'idées novatrices
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Intrants pour l'innovation — Personnes talentueuses, instruites et entrepreneuriales

Pour assurer l'avenir du Canada en tant qu'économie fondée sur l'innovation, il faut pouvoir compter sur un bassin suffisant de personnes talentueuses, instruites et entrepreneuriales. Les établissements publics d'enseignement postsecondaire (les universités, les collèges communautaires, les cégeps et les collèges polytechniques) qui forment les innovateurs et ceux qui soutiennent les activités d'innovation sont la principale source de ces talents. Ces établissements reçoivent leur financement avant tout des provinces, bien que le gouvernement fédéral apporte sa contribution par l'entremise des paiements de transfert, de l'aide financière accordée aux étudiants et du soutien direct à la formation en recherche et au perfectionnement des compétences en innovation. Le grand nombre d'établissements postsecondaires ayant des missions et des mandats diversifiés procure au Canada la maind'œuvre hautement compétente et qualifiée qui est le fondement même de l'innovation. Chacun de ces établissements a un rôle unique à jouer, fournissant les employés de demain aux différents éléments de l'écosystème de l'innovation. Les programmes universitaires canadiens de deuxième et troisième cycles forment des titulaires de maîtrises et de doctorats susceptibles de produire les idées marquantes qui permettront aux entreprises de rester à la fine pointe de la R-D. Les universités et les collèges forment des titulaires de baccalauréat et des techniciens qui sont souvent des intervenants de première ligne de l'innovation. Les collèges forment quant à eux des techniciens et des technologues pour faciliter le travail de commercialisation de l'entreprise 1.

C'est l'interaction entre ces types de talents complémentaires qui permet de bâtir une économie de l'innovation. Puisque les lacunes en matière d'innovation au Canada proviennent en partie de lacunes en matière d'éducation, le pays devra, pour améliorer ses résultats mondiaux, trouver un équilibre entre la quantité et la qualité du capital humain. Cela exigera une collaboration entre les établissements postsecondaires, les organismes fédéraux et provinciaux, ainsi que le secteur privé et d'autres partenaires pour veiller à combler les besoins en recrutement, en formation et en déploiement liés à l'innovation par les entreprises. En effet, bien que le Canada se classe au premier rang des pays de l'OCDE pour ce qui est des taux d'obtention de diplômes postsecondaires par habitant, il se situe autour de la moyenne pour ce qui est des taux d'obtention de baccalauréats, et non loin du dernier rang quant aux doctorats. Il est néanmoins encourageant de voir que l'augmentation du nombre de doctorats accordés au Canada a été plus importante, surtout en sciences et en génie, que dans la plupart des pays comparables durant la période 2005-2008, ce qui a contribué à améliorer notre classement (CSTI, 2011).

L'avantage salarial que possèdent les employés détenant des diplômes postsecondaires par rapport aux diplômés des écoles secondaires est moins marqué au Canada qu'aux États-Unis (Institute for Competitiveness & Prosperity, 2010, p. 35). Il s'agit là d'un indicateur de la faiblesse relative de la demande par les entreprises canadiennes à l'égard des diplômés postsecondaires, ce qui cadre avec le fait que les entreprises canadiennes sont moins portées à adopter des stratégies axées sur l'innovation. Selon Statistique Canada, jusqu'à un cinquième des titulaires de doctorat prévoient quitter le Canada quand ils auront obtenu leur diplôme (Desjardins et King, 2011). Lorsqu'ils quittent le pays, ces diplômés emportent avec eux des connaissances et compétences qui pourraient contribuer à assurer au Canada un avenir plus innovant et prospère.

Les étudiants acquièrent des connaissances non seulement en classe, mais aussi en effectuant de la recherche pratique qui les expose aux réalités du monde des affaires et leur permet d'acquérir les compétences professionnelles et entrepreneuriales dont ils auront besoin pour contribuer pleinement à leur milieu de travail une fois leurs études terminées. D'après les employeurs, les programmes qui encouragent les étudiants postsecondaires à prendre part à des projets de recherche auxquels participent les entreprises offrent plusieurs avantages, notamment :

  1. l'occasion de trouver les meilleures recrues,
  2. la capacité d'influencer les programmes d'études afin qu'ils soient mieux adaptés à l'industrie,
  3. l'exposition aux nouvelles idées et au matériel spécialisé qui se trouvent dans les établissements d'enseignement, et
  4. l'accès à une main-d'œuvre plus souple.

Bien qu'il soit crucial de former des travailleurs en innovation ici au Canada, il demeure que sur le plan démographique, ceux-ci ne seront pas en nombre suffisant pour répondre aux besoins des entreprises. D'après certaines estimations, il pourrait y avoir d'ici 20 ans en Ontario seulement au moins deux millions de postes à combler pour les travailleurs en innovation (Miner, 2010). Un système d'immigration qui cible les compétences recherchées donne la possibilité au Canada de miser sur les compétences, la perspicacité et l'esprit d'entreprise des personnes nées à l'étranger qui s'installent au Canada.

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Intrants pour l'innovation — Réseaux, collaboration et liens

La collaboration entre les entreprises, les gouvernements et le secteur de l'enseignement supérieur peut favoriser considérablement la conception et la mise en marché réussie de nouveaux produits et procédés. Les entreprises forgent des partenariats stratégiques pour se brancher sur les réseaux mondiaux du savoir, partager les résultats des recherches et les risques en matière de R-D, mettre en commun le personnel compétent, commercialiser des inventions et faciliter l'accès à de nouveaux marchés. C'est donc dire que les infrastructures sociale et matérielle qui mettent en rapport des collaborateurs et des réseaux de soutien revêtent une grande importance pour l'innovation en entreprise.

Pour assurer une collaboration efficace entre les entreprises et le secteur de l'enseignement supérieur, il faut relier la « stimulation de l'offre » (supply-push) de recherches et de découvertes et « l'attraction par la demande » (demand-pull) des entreprises qui cherchent à exploiter le potentiel commercial des nouvelles idées. Comme l'illustre la figure 2.6, cela fait intervenir non seulement les entreprises, les universités, les collèges communautaires, les cégeps et les collèges polytechniques, mais également tout un éventail d'acteurs intermédiaires appartenant à un « écosystème » de l'innovation caractérisé par des synergies, des liens ainsi que des flux de connaissances et d'idées efficaces. C'est un mélange complexe, notamment parce que les incitatifs et les cultures organisationnelles varient d'un établissement à l'autre. Les acteurs qui font office d'intermédiaires sont, entre autres :

  • les bureaux de transfert de la technologie, qui offrent du soutien pour aider à commercialiser la recherche et la propriété intellectuelle générées par les universités (d'autres remplissent aussi cette fonction, tels que les Centres d'excellence en commercialisation et en recherche);
  • les bureaux de recherche appliquée des collèges, qui permettent aux collèges communautaires, aux cégeps et aux collèges polytechniques d'appuyer les entreprises en leur offrant des solutions adaptées à leurs besoins particuliers en matière de commercialisation;
  • les instituts et programmes publics de recherche, comme les laboratoires gouvernementaux, les instituts du Conseil national de recherches du Canada et d'autres établissements dont il sera question dans les chapitres suivants;
  • les incubateurs, qui offrent de l'expertise technique, du mentorat et d'autres services pour favoriser un développement accéléré des entreprises;
  • les anges financiers et les investisseurs en capital de risque, qui fournissent le capital de risque dont ont besoin les entreprises innovantes au stade du démarrage pour faire le pont entre leurs idées nouvelles et la viabilité commerciale.

Dans son survol de la collaboration entre les secteurs public et privé, le CSTI (2009, p. 37) explique ce qui suit :

Bien que le tableau général soit inégal, la prépondérance des résultats permet de penser que beaucoup d'universités canadiennes sont des établissements scientifiques de premier ordre. Toutefois, dans une économie du savoir, on ne pense pas qu'il soit suffisant que les universités d'un pays produisent de la recherche scientifique de pointe de manière isolée […] les liens véritables entre les trois principaux secteurs de financement et de réalisation de l'innovation [entreprise, enseignement postsecondaire et gouvernement] contribuent de manière significative au succès d'un système national d'innovation, surtout comme mécanisme de transfert des S-T dans la sphère commerciale.

CSTI (2009, p. 37)

Le Canada se situe au-dessus de la moyenne de l'OCDE quant au pourcentage des dépenses de R-D du secteur de l'enseignement supérieur financées par l'industrie – plus de 8 % en 2008 (OCDE, 2011). C'est donc dire que les établissements postsecondaires constituent une importante ressource pour l'innovation en entreprise pour certaines activités et dans certains secteurs. Cependant, l'étendue de la collaboration semble assez restreinte puisque le Canada se classe parmi les derniers pays membres de l'OCDE quant à la proportion des entreprises collaborant avec les universités au chapitre de la R-D (CSTI, 2009, p. 40).

Bien que la commercialisation des connaissances tirées de la recherche soit une dimension clé de la collaboration, des réseaux et des liens entre les secteurs public et privé, il faut signaler que de tels partenariats procurent de nombreux autres avantages, notamment l'accès pour l'industrie à de l'équipement et du personnel spécialisés (particulièrement d'éventuels futurs employés), ainsi qu'une certaine stimulation provenant des nouvelles questions et orientations de recherche qui découlent des problèmes auxquels se heurtent les entreprises innovantes (voir la figure 2.6).

Certains ont soutenu que les préoccupations entourant la gestion des droits de propriété intellectuelle (DPI) ainsi que les restrictions à la diffusion de la recherche que peuvent imposer les entreprises partenaires nuisent à une collaboration fructueuse entre les entreprises et les chercheurs universitaires. Si ces préoccupations sont fort justifiées dans certains cas, la grande majorité des résultats de la recherche universitaire tombe dans le domaine public en temps opportun et est ainsi accessible à tous les utilisateurs industriels potentiels. En ce qui concerne les DPI, le groupe d'experts n'est pas convaincu qu'il existe un modèle de propriété susceptible de convenir dans toutes les circonstances. En fait, les négociations sur les DPI semblent le plus souvent achopper sur des évaluations divergentes de la valeur commerciale d'une nouvelle propriété intellectuelle au stade du démarrage. Ce qui, pour les inventeurs et les établissements, est parfois perçu comme une percée inestimable ne représente souvent pour les entreprises qu'une idée dont le développement sera très onéreux.

Outre les enjeux mentionnés précédemment concernant les DPI, le fait que le Canada ne profite pas autant qu'il le devrait de la valeur de la propriété intellectuelle produite au pays préoccupe le groupe d'experts. Bien que le Canada génère beaucoup de propriété intellectuelle, il est moins apte à en récolter les bénéfices commerciaux. Un trop grand nombre d'idées canadiennes originales enrichissent les autres. Le groupe d'experts est d'avis que le gouvernement se doit d'étudier cette question plus à fond. Il faudrait tout particulièrement développer les compétences et les connaissances des entrepreneurs canadiens concernant la gestion efficace de leur propriété intellectuelle.

Figure 2.6 Écosystème de l'innovation — Transformer la « recherche » en « innovation » a
Figure 2.6 Écosystème de l'innovation — Transformer la « recherche » en « innovation »

a L'axe horizontal représente le continuum de la R-D, depuis la recherche fondamentale inspirée par la curiosité, à gauche, vers le développement expérimental en vue de la commercialisation, à droite. L'intérêt porté par beaucoup d'établissements d'enseignement postsecondaire recule au fur et à mesure que la recherche fondamentale devient du développement, malgré le fait que ces établissements effectuent de la recherche appliquée et que les collèges, tout particulièrement, se trouvent au milieu de l'axe. L'intérêt porté par les entreprises à la R-D régresse à mesure que le contenu axé sur le développement et le marché diminue. Cela crée un écart structurel au milieu du continuum de la R-D et c'est là que les divers établissements intermédiaires doivent entrer en jeu pour compléter les rôles des établissements postsecondaires et des entreprises dans l'écosystème de l'innovation. (Retour au renvoi a)

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Intrants pour l'innovation — Capital et financement

Les entreprises innovantes au stade du démarrage doivent avoir accès au capital de risque qui leur permettra de faire le pont entre leurs idées novatrices et la viabilité commerciale. Le capital de risque peut provenir des revenus internes de l'entreprise ou de sources externes. En ce qui a trait aux sources externes, le capital peut se présenter sous les formes décrites ci-dessous :

  • Le capital d'amorçage et de prédémarrage, qui sert à financer les toutes premières étapes du développement d'une entreprise (activités telles que la validation du concept, le développement du produit et la mise en marché initiale) provient souvent en premier lieu des créateurs de l'entreprise, de la famille et des amis, puis d'« anges financiers ». Ces derniers sont souvent des personnes qui ont réussi en tant qu'entrepreneurs dans des entreprises technologiques et sont donc en mesure de fournir non seulement des investissements financiers, mais aussi du mentorat aux nouveaux entrepreneurs dans leur domaine d'expertise.
  • Le capital de risque, qui sert à financer les entreprises qui ont réussi à surmonter les obstacles du démarrage et du financement par les anges financiers. Il provient généralement de fonds qui sont gérés par des professionnels et qui regroupent les ressources de plusieurs investisseurs et parfois d'intervenants du secteur public.
  • Les marchés publics, les fusions et les acquisitions, qui entrent en jeu lorsqu'une entreprise franchit les premières étapes de la commercialisation; elle a alors besoin de fonds pour prendre de l'expansion, mais n'a pas encore accès aux formes de financement traditionnelles comme les prêts des banques et des coopératives de services financiers.

Sans la présence active au Canada de sources suffisantes de capital, des entreprises étrangères ayant une meilleure capacité ou ayant tendance à investir dans du capital de risque pourraient exploiter certains avantages commerciaux provenant des innovations qui prennent naissance au pays 2. Nous reviendrons sur cette question et sur d'autres points connexes au chapitre 7.

Les quelques données disponibles sur les anges financiers au Canada semblent indiquer « que ces sources sont beaucoup moins vastes, toutes proportions gardées, que les sources comparables aux États-Unis » (CAC, 2009, p. 9). Cette situation a des répercussions qui vont bien au-delà de la disponibilité du financement, car les investisseurs à l'étape du démarrage sont une source inestimable de mentorat et d'expertise. Les taux de rendement des fonds canadiens de capital de risque ont été beaucoup plus faibles, en moyenne, que ceux des fonds américains, qu'il s'agisse de fonds de capital de risque privés ou donnant droit à une aide fiscale (« de travailleurs »). Leur taux de rendement relativement faible résulte de plusieurs facteurs, y compris le fait que ces fonds de capital de risque sont de moindre envergure. En outre, ce secteur est relativement jeune au Canada et il « n'a pas encore acquis suffisamment d'expérience pour pouvoir sélectionner et conseiller les meilleurs candidats potentiels pour les investissements » en capital de risque (CAC, 2009, p. 9).

Les investissements dans les machines et le matériel stimulent aussi l'innovation au sein des entreprises, car ces biens intègrent les idées, technologies et innovations les plus récentes développées par d'autres. Il importe de souligner que le secteur des entreprises du Canada accuse depuis longtemps un retard par rapport à celui des États-Unis en matière d'investissements en TIC par travailleur (voir la Figure 2.7). Étant donné que la production et l'utilisation des TIC ont été les principaux moteurs de la forte croissance de la productivité aux États-Unis depuis au moins dix ans, le manque d'investissements dans les TIC au sein du secteur privé canadien est très inquiétant 3.

Figure 2.7 Investissements en TIC par travailleur dans le secteur des entreprises, Canada par rapport aux États-Unis, 1987-2009
(en dollars américains courants)
Figure 2.7 Investissements en TIC par travailleur dans le secteur des entreprises, Canada par rapport aux États-Unis, 1987-2009 (en dollars américains courants)

L'Institute for Competitiveness & Prosperity (2010, p. 39-40) a indiqué que deux principaux facteurs ont fait hésiter les entreprises à accroître leurs investissements dans la technologie : les taux d'imposition relativement élevés sur les investissements en capital et le manque d'intensité de la concurrence. D'importants progrès ont été enregistrés, et continuent de l'être, au chapitre du taux d'imposition (p. ex., la diminution constante du taux d'imposition des sociétés, l'élimination de l'impôt sur le capital et l'harmonisation plus poussée des régimes de taxes de vente fédéral et provinciaux). L'absence relative d'intensité de la concurrence persiste davantage au Canada; ce phénomène est dû surtout au marché, relativement petit et fragmenté sur le plan géographique, et à des politiques qui mettent certains secteurs à l'abri de la concurrence internationale. Les initiatives qui favorisent la concurrence, et surtout, tel que mentionné précédemment, celles recommandées par le groupe d'étude Wilson, constituent la pierre d'assise d'une politique axée sur l'innovation au Canada.

Maintenant que le mandat du groupe d'experts a été situé dans le contexte plus large de l'innovation, le prochain chapitre se concentrera sur les programmes qui sont au cœur même de l'examen du soutien fédéral à la R-D. Ensuite, le groupe d'experts présentera ses avis sur la façon dont le gouvernement peut améliorer l'incidence de ces programmes.


1 Le paysage éducatif riche et diversifié du Canada en matière d'enseignement comporte environ 250 établissements postsecondaires, dont 152 collèges (comprenant 48 cégeps au Québec). Certains décernent des diplômes, certains sont des instituts de technologie et d'autres, des collèges polytechniques. De nombreux collèges sont des nouveaux venus dans l'innovation en aval, près des activités de commercialisation des PME. Le pays compte 95 universités, dont beaucoup sont dotées d'installations de recherche de calibre mondial. (Retour au renvoi 1)

2 À titre d'exemple, une étude publiée en 2009 par l'Association canadienne du capital de risque et d'investissement indique que « ce financement américain se dirige généralement vers des entreprises à des stades plus avancés et entraîne quelquefois un glissement de leurs activités aux États-Unis. L'établissement d'une économie technologique forte et innovatrice au Canada nécessite une solide industrie canadienne du capital de risque. » (Duruflé, 2009, p. 48). (Retour au renvoi 2)

3 Dans le cadre de la « Stratégie sur l'économie numérique » du gouvernement, le budget de 2011 a octroyé un nouveau financement de 80 millions à un projet pilote, mené par le Programme d'aide à la recherche industrielle et les collèges, pour stimuler l'adoption par les PME des TIC pertinentes (ministère des Finances Canada, 2011). (Retour au renvoi 3)