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Innovation Canada : Le pouvoir d’agir

2. Origine et portée de l'examen

Ce chapitre présente un aperçu des principaux concepts ainsi que des faits et chiffres relatifs à l'innovation en entreprise au Canada et dans d'autres pays hautement développés. Il s'inspire des rapports du Conseil des académies canadiennes (CAC) et du Conseil des sciences, de la technologie et de l'innovation (CSTI), des travaux de Statistique Canada et de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ainsi que de la recherche de base menée à la demande du groupe d'experts.

Innovation et croissance de la productivité

Le niveau de vie matériel d'une société repose sur la productivité (la valeur des biens et services produits par heure de travail). Un niveau élevé d'emploi est évidemment important et les tendances à la hausse des prix mondiaux des exportations d'un pays (par exemple de certaines ressources naturelles dans le cas du Canada) peuvent alimenter la prospérité, du moins pendant un certain temps. À long terme cependant, c'est la croissance de la productivité du travail qui fait augmenter le revenu moyen par habitant ainsi que la compétitivité des entreprises. Cette hausse de la productivité résulte, quant à elle, surtout de l'innovation.

En résumé, l'innovation se définit comme « des façons nouvelles ou meilleures de faire des choses ayant de la valeur » (CAC, 2009, p. 23). « Innovation » n'est toutefois pas synonyme d'« invention », même si l'étincelle qui déclenche l'invention ou la créativité précède nécessairement l'innovation. Dans une entreprise, on parle d'innovation lorsqu'on réalise, dans une optique résolument commerciale, « quelque chose » de nouveau ou d'amélioré (un bien, un service, un procédé, un modèle commercial, un outil de commercialisation ou une initiative organisationnelle). En termes plus techniques, le Manuel d'Oslo (OCDE et Eurostat, 2005, p. 54) reflète le consensus international actuel et définit l'innovation comme étant « la mise en œuvre d'un produit (bien ou service) ou d'un procédé nouveau ou sensiblement amélioré, d'une nouvelle méthode de commercialisation ou d'une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques de l'entreprise, l'organisation du lieu de travail ou les relations extérieures » (voir aussi l'encadré 2.1).

Les moyens employés pour transformer une idée ou un prototype en un produit prêt à mettre en marché sont souvent qualifiés de « commercialisation » et se trouvent au cœur même du cheminement qui va de l'invention à l'innovation en entreprise, c'est-à-dire du passage « de l'idée au marché ». La commercialisation est un phénomène à multiples facettes et étapes qui, selon le produit, comprend fréquemment la conception, l'ingénierie, la planification de la production, la R-D connexe et, presque toujours, des investissements, l'étude du marché et les prévisions de ventes, de même que l'analyse financière et juridique, pour ne nommer que ces activités.

Certaines innovations, comme l'automobile, Internet ou la pénicilline, constituent de véritables révolutions. Cependant, la grande majorité des innovations sont progressives : il s'agit d'améliorations continues de produits et de procédés. Une innovation doit évidemment commencer quelque part, mais tant qu'elle n'est pas largement diffusée, elle ne revêt que relativement peu d'importance économique ou sociale. Dans l'optique de la croissance de la productivité, la diffusion et l'adaptation de l'innovation sont d'une importance capitale, puisque la plupart des innovations qui voient le jour dans une région ou sur un territoire donné sont le résultat de l'adaptation d'innovations importantes réalisées ailleurs (CAC, 2009, p. 29). L'adoption ou l'adaptation par une entreprise d'une façon de faire nouvelle ou meilleure est donc aussi considérée comme une forme d'innovation en entreprise. En fait, c'est la plus courante. Il faut souvent déployer beaucoup de créativité pour repenser les procédés commerciaux, l'organisation, la formation et la commercialisation, de manière à tirer profit d'une innovation adoptée.

Encadré 2.1 Types d'innovation et leur soutien gouvernemental

Selon le Manuel d'Oslo (OCDE et Eurostat 2005), l'innovation englobe les produits, les procédés, les organisations et les marchés. K.G. Lynch et M.A. Sheikh (2011) décrivent comme suit ces quatre types d'éléments :

  • Innovation en matière de produits. Les nouveaux produits (biens ou services) qui montent dans la chaîne de valeur ajoutée ou qui sont les premiers sur le marché offrent habituellement une marge bénéficiaire supérieure parce qu'ils subissent une moindre concurrence par les coûts que les autres produits. Les nouveaux appareils et logiciels des technologies de l'information et des communications et les nouveaux produits pharmaceutiques (prégénériques) en sont des exemples courants. L'innovation en matière de produits peut résulter de la R-D ou d'un regroupement novateur de technologies de pointe qui répond mieux aux besoins des clients, comme le montre l'exemple des « téléphones intelligents » (téléphonie sans fil, GPS, courrier électronique, caméra, etc.).
  • Innovation en matière de procédés. L'objectif est de modifier la façon dont les produits sont fabriqués et livrés pour réduire les coûts ou accroître leur commodité. Le développement de chaînes d'approvisionnement mondiales et les achats sur Internet en sont des exemples concrets. De nombreux fabricants canadiens se sont révélés d'excellents innovateurs de procédés de fabrication (p. ex., les usines d'automobiles canadiennes sont régulièrement jugées les plus productives en Amérique du Nord). Les innovations apportées par les entreprises canadiennes d'exploitation des ressources naturelles (pétrole et gaz, mines et forêts) sont, elles aussi, essentiellement axées sur les procédés plutôt que sur le développement d'équipement de pointe pour l'extraction des ressources naturelles ou que sur la fabrication de produits de pointe dérivés de ces ressources. Le « drainage par gravité au moyen de vapeur », qui permet d'extraire le bitume des sables bitumineux, est un exemple percutant d'un procédé canadien innovant.
  • Innovation organisationnelle. La capacité de convertir la créativité, la technologie et les connaissances sur les clients en innovations commercialisables exige qu'une entreprise se concentre sur la meilleure façon d'organiser et de gérer l'innovation. La réussite de l'innovation en entreprise passe par l'intégration de la gestion et de la formation des ressources humaines ainsi que par la gestion technologique et stratégique dans des structures qui sont « favorables à l'innovation ».
  • Innovation liée au marché. On peut citer comme exemple l'entrée sur un nouveau marché géographique (p. ex., un marché « émergent » à croissance rapide, comme la Chine, l'Inde ou le Brésil) ou le fait d'aborder un marché par des voies complètement différentes (p. ex., par Internet ou par l'entremise de téléphones intelligents). Ce faisant, une entreprise peut, au lieu de devoir se battre pour protéger sa part d'un marché existant, se trouver en situation de « monopole » temporaire pour un produit donné sur un nouveau marché.

Pour être vraiment efficaces, les innovations (qu'elles portent sur les produits, les procédés ou les marchés) nécessitent généralement des innovations complémentaires au chapitre de l'organisation et du comportement. Bien que les quatre types d'innovation par les entreprises puissent se renforcer mutuellement, la plupart des programmes gouvernementaux d'appui à l'innovation dans les entreprises s'adressent directement aux produits et aux procédés et, plus précisément, ils ont trait à la R-D et aux investissements connexes permettant de former adéquatement les employés, ainsi qu'au partage du risque des investissements dans des entreprises innovantes en démarrage (ces dernières étant généralement bâties en fonction d'un produit ou d'un procédé novateur).

L'innovation organisationnelle diffère d'une entreprise à l'autre; elle ne se prête donc pas à un soutien direct offert par les programmes gouvernementaux, même si elle peut profiter de l'appui indirect d'une politique ou d'un programme général d'appui à l'innovation en entreprise. En règle générale, l'innovation liée au marché est elle aussi propre à chaque entreprise, même si l'on peut envisager certains programmes de soutien gouvernemental, surtout pour aider les entreprises à percer d'importants nouveaux marchés géographiques.

Le Canada a un problème d'innovation en entreprise. L'indicateur le plus révélateur est la faible croissance de la productivité nationale, qui affiche une moyenne d'à peine 0,6 % pour la période 2000–2009, soit moins de la moitié du 1,5 % enregistré par les pays membres de l'OCDE (Banque de données de l'OCDE sur la productivité, consultée en novembre 2010). Comme l'illustre la figure 2.1, la productivité du travail dans le secteur des entreprises au Canada a chuté par rapport à la productivité aux États-Unis, passant d'environ 93 % du niveau américain, en 1984, à 71 %, en 2009. Ce déclin relatif, qui se poursuit depuis un quart de siècle, ne saurait s'expliquer par des facteurs temporaires ou ponctuels.

L'écart entre le Canada et les États-Unis a fait l'objet d'une étude statistique en fonction des trois facteurs qui sous-tendent la croissance de la productivité du travail :

  • la composition de la main-d'œuvre – évolution du niveau d'instruction, de formation et d'expérience de la main-d'œuvre;
  • l'approfondissement du capital – croissance des sommes affectées au soutien des travailleurs;
  • la croissance de la productivité multifactorielle (PMF) – mesure résiduelle qui inclut tous les autres facteurs influençant la productivité. La PMF indique l'efficacité de l'utilisation conjointe de la main-d'œuvre et du capital pour produire un extrant. Les investissements en R-D par les entreprises constituent un élément important de la croissance à long terme de la PMF.

L'analyse qu'a faite Statistique Canada de l'évolution de ces trois facteurs au Canada et aux États-Unis entre 1961 et 2008 révèle clairement que la faiblesse persistante de la croissance de la PMF, surtout au cours de la dernière décennie, est la cause des problèmes de croissance de la productivité canadienne (voir Baldwin et Gu, 2009, et la figure 2.2). Bien que de nombreux facteurs interviennent, la croissance de la PMF à long terme tend à refléter le rythme de l'innovation en entreprise (CAC, 2009, p. 39-46). Il s'ensuit qu'au Canada, cette croissance de la productivité inférieure à la moyenne des pays de l'OCDE est largement attribuable à la relative faiblesse du taux d'innovation en entreprise. (Il y a bien sûr beaucoup d'entreprises canadiennes très innovantes; mais comparativement à de nombreux autres pays industrialisés, elles jouent un rôle moins important au sein de l'économie canadienne.)

Figure 2.1 Niveau relatif de la productivité du travail dans le secteur des entreprises, 1947-2009
(Canada par rapport aux États-Unis, en pourcentage)
Figure 2.1 Niveau relatif de la productivité du travail dans le secteur des entreprises, 1947-2009 (Canada par rapport aux États-Unis, en pourcentage)
Figure 2.2 Sources des écarts entre le Canada et les États-Unis : croissance annuelle moyenne de la productivité du travail
(différence du taux de croissance (%) : Canada moins États-Unis) a
  1961–2008 1961–1980 1980–2000 2000–2008

a La première ligne du tableau – l'écart entre le Canada et les États-Unis au chapitre de la croissance annuelle moyenne de la productivité du travail – est la somme des lignes i), ii) et iii) qui répartissent l'écart de la croissance de la productivité selon des facteurs liés à l'approfondissement du capital, à la composition de la main-d'œuvre et à la PMF (les chiffres ont été arrondis). (Retour au renvoi a)

Source : Baldwin et Gu, 2009.

Écart dans la croissance de la productivité du travail -0,3 0,4 -0,4 -1,9
i) Approfondissement du capital 0,4 0,8 0,2 0,1
ii) Composition de la main-d'œuvre 0,2 0,4 0,1 0,1
iii) Productivité multifactorielle -0,9 -0,9 -0,6 -2,1
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Innovation et R-D

Les investissements dans la R-D réalisés par les entreprises sont un apport clé à de nombreux types d'innovation (voir l'encadré 2.2). Compte tenu de la croissance relativement faible des dépenses de R-D par les entreprises canadiennes (voir l'encadré 2.3), il n'est pas étonnant que la croissance de la productivité multifactorielle ait été faible elle aussi.

La grande majorité des dépenses de R-D des entreprises visent à appuyer des objectifs commerciaux précis et sont donc affectées au volet « développement » de la R-D. Les activités dites de « développement expérimental » représentent environ 80 % des dépenses de R-D dans les entreprises au Canada (voir Statistique Canada, 2009). Bien que la R-D effectuée par le secteur des entreprises au Canada représente un pourcentage du total de la R-D nettement inférieur à celui observé dans d'autres pays, comme les États-Unis, l'Allemagne, le Japon ou la Suède, le secteur demeure néanmoins le plus important exécutant de R-D au pays, avec plus de 50 % du total (OCDE, 2011).

Encadré 2.2 Définir la R-D

La définition de la R-D de l'OCDE se fonde sur le Manuel de Frascati (OCDE, 2002), publié pour la première fois en 1963, qui met l'accent sur la création des connaissances et leur utilisation novatrice. La mesure des dépenses de R-D inclut à la fois les « coûts courants » (coûts salariaux et frais d'achat de matériaux, fournitures et équipements autres que les investissements) et les « dépenses en capital » (terrains et constructions, instruments, et équipements et logiciels) consacrées à la R-D et portant sur trois activités.

La recherche fondamentale consiste en des travaux expérimentaux ou théoriques entrepris principalement en vue d'acquérir de nouvelles connaissances sur les fondements des phénomènes et des faits observables, sans envisager une application ou une utilisation particulière. La recherche appliquée consiste également en des travaux originaux entrepris en vue d'acquérir des connaissances nouvelles. Cependant, elle est surtout dirigée vers un but ou un objectif pratique déterminé. Le développement expérimental consiste en des travaux systématiques fondés sur des connaissances existantes obtenues par la recherche et/ou l'expérience pratique, en vue de lancer la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs, d'établir de nouveaux procédés, systèmes et services ou d'améliorer considérablement ceux qui existent déjà.

OCDE, 2002, p. 34.

Les dépenses annuelles de R-D engagées par le secteur des entreprises d'un pays sont appelées « DIRDE » (dépenses intérieures brutes de R-D des entreprises), tandis que celles effectuées par le secteur de l'enseignement supérieur sont des « DIRDES » (dépenses intérieures brutes de R-D de l'enseignement supérieur). « L'intensité des DIRDE » ou « l'intensité des DIRDES », souvent mentionnées, désignent la valeur des DIRDE ou des DIRDES par rapport au produit intérieur brut (PIB).

Dans la définition précédente de la R-D, l'accent mis sur la création et l'utilisation novatrice des connaissances a des conséquences importantes pour la classification des activités scientifiques en tant que « R-D » et non comme « services scientifiques ou technologiques ». À titre d'exemple, la recherche de nouvelles réserves de pétrole et de gaz ne devient de la R-D que si de nouvelles méthodes ou techniques d'exploration ont été mises au point pour effectuer la recherche. De même, le forage d'exploration n'est pas de la R-D; dans certains cas toutefois, la mise au point de nouvelles méthodes ou techniques de forage pourrait être considérée comme de la R-D.

Bien que la définition de la R-D demeure inchangée depuis la parution de la première édition du Manuel de Frascati, ses directives méthodologiques ont été élargies et portent maintenant une plus grande attention à la mesure de la R-D dans les services. Le Manuel de Frascati fait consensus dans tous les pays membres de l'OCDE, ce qui assure un accord international sur la définition de la R-D, ainsi que sur l'application de lignes directrices pour la mesurer. Cette définition reste cependant assez souple pour permettre aux divers pays de l'interpréter différemment et pour faire place à des variations de la portée et de la spécificité des données recueillies par les organismes de statistique pour des indicateurs comme les DIRDES et les DIRDE. Ainsi, bien que les données de l'OCDE permettent de faire des comparaisons internationales valables des activités de R-D, il n'est pas encore possible de faire des comparaisons transnationales précises.

Encadré 2.3 Comparaison des dépenses de R-D à l'échelle internationale

Le Canada se situe au milieu du peloton des pays membres de l'OCDE en ce qui a trait aux dépenses intérieures brutes de R-D (DIRD) exprimées en pourcentage du PIB. Il se classait au 15e rang en 2008 parmi les 31 pays pour lesquels des données étaient disponibles. La R-D totale peut être ventilée selon trois groupes d'exécutants principaux : les entreprises, l'enseignement supérieur et le gouvernement (voir aussi la figure 2.5).

En 2008, le Canada se classait au 18e rang parmi les 31 pays de l'OCDE à l'égard des DIRDE comme pourcentage du PIB. (Dans la figure ci-dessous, à droite, on constate que sur 20 pays comparables au chapitre de la taille et du niveau d'industrialisation, l'intensité des DIRDE au Canada plaçait le pays au bas du troisième quartile.) À 1 % du PIB, l'intensité des DIRDE est bien en deçà de la moyenne de l'OCDE, qui s'établit à 1,6 %; de plus, elle a reculé de façon constante depuis le sommet du « boom technologique » en 2001 (voir la figure ci-dessous, à gauche). En fait, les dépenses de R-D des entreprises, corrigées en fonction de l'inflation, ont reculé chaque année depuis 2006 (voir la figure 1.1). Cette tendance est à la fois surprenante et inquiétante. En revanche, le secteur canadien de l'enseignement supérieur reste un solide exécutant de R-D, se classant au quatrième rang des pays membres de l'OCDE avec 0,68 % du PIB en 2008, bien que ce pourcentage soit demeuré relativement inchangé depuis 2003. (Les classements internationaux varient d'une année à l'autre et sont inévitablement sensibles à des inexactitudes des données. Le rang général occupé par rapport à des pays semblables, et les tendances au fil du temps, sont les indicateurs les plus fiables à des fins de comparaison internationale.)

La quantité de R-D menée par les gouvernements au Canada (à ne pas confondre avec l'aide financière accordée par les gouvernements) est stable; depuis dix ans, elle a même diminué légèrement, en pourcentage du PIB. À 0,19 % du PIB en 2008, elle était bien en deçà de la moyenne des pays membres de l'OCDE, qui était de 0,26 %.

Intensité des DIRDE, 1981-2008
Intensité des DIRDE, 1981-2008
Intensité des DIRDE de certains pays membres de l'OCDE, 2008
Intensité des DIRDE de certains pays membres de l'OCDE, 2008

En termes absolus, au Canada, les dépenses intérieures brutes en R-D du secteur des entreprises (DIRDE) sont effectuées par un nombre relativement faible de grandes entreprises, et ce, dans un nombre restreint de secteurs. Le tiers des DIRDE est réalisé par quelque 25  entreprises, et près de la moitié par 75 entreprises (Statistique Canada, 2011). Toutefois, bien que la grande majorité des petites et moyennes entreprises dans l'ensemble de l'économie n'effectuent pas de R-D, celles qui en font ont tendance à y consacrer plus de ressources que les plus grandes, c'est-à-dire qu'elles consacrent à la R-D un pourcentage plus élevé de leurs revenus. Les données préliminaires de Statistique Canada pour 2008 indiquent que les dépenses de R-D des plus grandes entreprises qui exécutent de la R-D (dont les revenus sont supérieurs à 400 millions de dollars) représentent environ 1 % de leurs revenus, mais que chez les plus petites entreprises qui exécutent de la R-D (dont les revenus sont inférieurs à 1 million de dollars) ce pourcentage atteint près de 40 % (Statistique Canada, 2011).

L'intensité des DIRDE (c'est-à-dire la R-D effectuée par les entreprises par rapport au PIB) varie considérablement d'un secteur à l'autre. On relève la plus forte intensité des DIRDE dans le secteur manufacturier au sens large (surtout les produits informatiques et électroniques, les produits pharmaceutiques et médicaux, et les produits et pièces de l'aérospatiale). Sur le plan régional, on observe aussi des variations significatives dans l'intensité des DIRDE (voir la figure 2.3). L'Ontario et le Québec effectuent environ 80 % de la R-D en entreprise au Canada (Statistique Canada, 2010b), ce qui reflète la relativement forte présence, dans ces deux provinces, d'industries à forte intensité de R-D, telles les technologies de l'information et des communications (TIC), l'industrie pharmaceutique et l'aérospatiale.

Figure 2.3 Intensité des DIRDE dans les provinces canadiennes, 2008
(dépenses intérieures brutes de R-D des entreprises, en pourcentage du PIB provincial)
Figure 2.3 Intensité des DIRDE dans les provinces canadiennes, 2008 (dépenses intérieures brutes de R-D des entreprises, en pourcentage du PIB provincial)

L'écart entre le Canada et les États-Unis au chapitre des DIRDE

L'écart entre le Canada et les États-Unis au chapitre de l'intensité des DIRDE (voir la figure dans l'encadré 2.3) s'était beaucoup rétréci lorsqu'est survenu l'éclatement de la « bulle technologique », en 2000-2001, mais il s'est fortement creusé depuis 2003. Une analyse sectorielle de l'écart entre le Canada et les États-Unis au cours de la période de 16 ans allant de 1987 à 2003 (année la plus récente pour laquelle une série complète de données est disponible) au chapitre des DIRDE a étudié les effets de deux facteurs clés :

  1. les variations dans la composition sectorielle des économies canadienne et américaine, et
  2. les différences d'intensité de la R-D à l'intérieur des mêmes secteurs.

Elle a conclu que « le niveau de dépenses en R-D des entreprises dans les mêmes secteurs est généralement inférieur au Canada par rapport aux États-Unis et explique mieux cet écart […] que la composition sectorielle de l'économie canadienne – c'est-à-dire le poids plus élevé dans l'économie canadienne des industries axées sur les ressources et des autres sphères d'activité, où les dépenses en R-D sont intrinsèquement faibles » (CAC, 2009, p. 7). Bref, comparativement aux États-Unis, on observe une faiblesse généralisée de l'intensité des DIRDE dans de nombreux secteurs au Canada.

Les différences entre le Canada et les États-Unis dans la répartition de la taille des entreprises pourraient influer sur l'écart en matière de R-D dans les entreprises. Toutefois, le fait qu'il y ait un plus grand nombre de petites entreprises au Canada n'explique qu'une faible partie de cet écart (CAC, 2009, p. 119, d'après les travaux de Boothby, Lau et Songsakul, 2008). En effet, la part de toute la R-D exécutée par les petites entreprises (celles comptant moins de 20 employés) est infime. La proportion différente de petites entreprises dans les deux pays n'explique qu'une très petite partie de l'écart. Par contre, si la taille de l'entreprise exerce une certaine influence, c'est dans la catégorie des plus grandes entreprises (celles d'au moins 500 employés). Le Canada ne compte que relativement peu de ces entreprises qui font une grande partie de la R-D. (Comme nous l'avons mentionné, les petites entreprises qui font de la R-D ont tendance à être davantage axées sur la recherche que les plus grandes, mais ces dernières disposent de revenus plus importants, et malgré des intensités de R-D moins élevées, elles effectuent plus de la moitié des dépenses totales de R-D en entreprise.)

La prévalence d'entreprises sous contrôle étranger au Canada a aussi un lien avec l'écart au chapitre des DIRDE, puisque les sociétés exécutent souvent la majorité de leur R-D près de leur siège social, l'industrie du montage d'automobiles en étant un exemple flagrant et qui revêt une importance particulière pour le Canada. Cela contribue au volume proportionnellement plus faible de R-D effectuée dans les entreprises au Canada (CAC, 2009, p. 113-119). Néanmoins, certaines mises en garde s'imposent. Tout d'abord, un certain nombre d'entreprises canadiennes sous contrôle étranger sont très axées sur la R-D – p. ex., l'industrie pharmaceutique, l'aérospatiale et l'informatique. Ensuite, même si les multinationales étrangères effectuent la majorité de leur R-D à l'étranger, leurs filiales canadiennes profitent quand même de la R-D intégrée dans les biens d'équipement. Elles profitent aussi du transfert d'autres procédés innovants mis au point par la société mère ainsi que de son savoir-faire. Enfin, et c'est le point le plus important pour l'avenir, les multinationales effectuent de plus en plus de leur R-D dans les endroits les plus avantageux, n'importe où sur la planète. Le Canada doit donc créer des conditions favorables pour attirer une plus grande part du marché mondial de la R-D.

En résumé, le niveau et le profil des dépenses de R-D par le secteur des entreprises au Canada, ainsi que l'écart entre le Canada et les États-Unis au chapitre de l'intensité des DIRDE, résultent d'une interaction particulièrement complexe entre divers facteurs. S'il fallait nommer un facteur prépondérant, ce serait l'engagement moindre des entreprises canadiennes, dans leur ensemble, à poursuivre des stratégies axées sur l'innovation que celui de leurs homologues situées aux États-Unis ou dans bien d'autres économies avancées. Des politiques et programmes publics bien conçus peuvent influer sur le choix d'une stratégie d'entreprise qui privilégie davantage l'innovation, mais les forces du marché définies dans la section suivante seront l'encouragement le plus convaincant.