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Document de consultation du groupe d’experts : section 2

Politique publique et innovation dans les entreprises

La raison d'être du soutien public de la R-D dans les entreprises

On a justifié le soutien public de la R-D dans les entreprises en invoquant le fait que les avantages de telles activités se font souvent sentir au-delà des entreprises individuelles et qu'ils ont des incidences favorables sur l'ensemble de l'économie.

Cette justification s'impose surtout lorsque l'activité n'est pas susceptible de procurer des bénéfices immédiats ou d'autres bénéfices uniquement pour l'entreprise qui effectue la R-D, mais promet potentiellement de procurer des bénéfices à plus long terme à l'ensemble de la société. Ainsi, l'intervention de l'État se justifie particulièrement dans le cas des activités de recherche fondamentale. Elle se justifie de moins en moins à mesure que les activités de recherche franchissent les diverses étapes menant à la commercialisation — c'est-à-dire la recherche fondamentale, la recherche appliquée, le développement expérimental et la commercialisation. Plus ces activités successives progressent, plus l'entreprise qui effectue les travaux est susceptible d'en retirer des bénéfices et moins il y a de chances de retombées pour l'ensemble de l'économie.

Définir l'innovation

Le Manuel d'Oslo (2005) est la source de la définition que donne l'OCDE de l'innovation : « la mise en œuvre d'un produit (bien ou service) ou d'un procédé nouveau ou sensiblement amélioré, d'une nouvelle méthode de commercialisation ou d'une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques de l'entreprise, l'organisation du lieu de travail ou les relations extérieures »(page 54).

L'innovation dans les entreprises

Pour examiner l'efficacité de l'appui fédéral aux activités de R-D dans les entreprises, il faut comprendre le contexte général dans lequel s'inscrit l'innovation en entreprise. À cet égard, le modèle du CAC concernant la stratégie relative à l'entreprise et à l'innovation est très utile7. La Figure 2 ci-dessous est une version modifiée du modèle. Elle montre qu'une gamme de facteurs influencent la décision d'une société d'adopter ou non l'innovation comme stratégie concurrentielle — un choix qui l'incite à trouver des intrants en appui à son activité d'innovation.

Figure 2 : Innovation dans les entreprises

Figure 2 : Innovation dans les entreprises
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Facteurs influençant les stratégies d'innovation des entreprises

Le CAC présente cinq facteurs principaux qui influent sur la décision d'une entreprise de faire appel à l'innovation pour être plus concurrentielle — des facteurs dont l'importance relative varie d'un secteur à l'autre et en fonction de la situation particulière de chaque entreprise. Comme le montre l'illustration ci-dessus, ces facteurs sont les suivants :

  • Caractéristiques structurelles. Par exemple, l'entreprise est-elle dans un secteur traditionnellement axé sur l'innovation, ou fournit-elle un service ou un produit plus courant? L'entreprise est-elle une filiale d'une entreprise étrangère qui effectue la plupart de la R-D à l'étranger?
  • Intensité de la concurrence. Par exemple, l'entreprise doit-elle innover sans cesse pour survivre parce qu'elle offre un produit ou un service qui dépend de l'évolution des goûts de la clientèle? L'entreprise exerce-t-elle des activités sur un marché étranger, où la concurrence mondiale risque d'être vive? L'entreprise fait-elle face à une concurrence étrangère au Canada?
  • Climat pour les nouvelles entreprises. Par exemple, l'entreprise fait-elle partie d'une grappe d'innovation où l'on trouve facilement du capital de risque sophistiqué, des connaissances à la fine pointe, des diplômés hautement qualifiés et des entreprises possédant une expertise complémentaire et des caractéristiques synergiques?
  • Politiques publiques. Par exemple, est-ce-que les cadres et les politiques juridiques et réglementaires — comme dans des domaines tels que la concurrence, la fiscalité des entreprises, les faillites et la propriété intellectuelle — sont propices à l'innovation au sein des entreprises?
  • Ambition de l'entreprise. Par exemple, quelle est la « culture organisationnelle » de l'entreprise? A-t-elle une aversion pour le risque? Est-elle portée sur l'expansion?

Bien que cet examen soit axé sur le soutien fédéral de la R-D dans les entreprises et de la R-D à but commercial, ces facteurs aident à expliquer le contexte général de l'innovation; ils peuvent d'ailleurs influer sur l'efficacité du soutien fédéral de la R-D. En effet, l'investissement d'une entreprise dans la R-D dépendra avant tout de son engagement préalable en faveur d'une stratégie axée sur l'innovation, où les activités de R-D sont un important facteur habilitant — bref, la « demande » de R-D découle de la stratégie de l'entreprise.

Par contre, l'ampleur de la R-D effectuée par une société dépendra aussi de son coût. Par conséquent, si les politiques et les programmes gouvernementaux réduisent le coût de la R-D du côté de l'« offre » pour une entreprise, celle-ci fera probablement plus de R-D qu'elle n'en ferait autrement, causant en toute probabilité de plus importantes retombées pour l'ensemble de l'économie. Il se pourrait même que les incitatifs offerts pour la R-D soient suffisamment intéressants pour pousser une société à modifier sa stratégie commerciale en accordant beaucoup plus de place à l'innovation. Il est peut-être même plus probable que les incitatifs offerts pour la R-D poussent les sociétés axées sur l'innovation à réaménager leurs activités — en augmentant, par exemple, les dépenses reliées à l'innovation — afin de tirer parti des incitatifs.

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Intrants pour l'innovation dans les entreprises

Les facteurs ci-dessus, conjugués de diverses façons, produisent des pressions et des possibilités d'innovation. Dès qu'une société choisit d'adopter l'innovation comme stratégie concurrentielle, elle recherche les intrants habilitants : 1) des idées et des connaissances; 2) des personnes talentueuses, instruites et ayant de l'entrepreneurship; 3) des réseaux, des collaborations et des liens; et 4) du capital et du financement. L'appui du gouvernement fédéral à la R-D dans les entreprises prend la forme d'initiatives qui aident les entreprises à développer chacun de ces quatre intrants ou à y avoir accès. À ce titre, il est essentiel de comprendre plus généralement le contexte canadien de chacun des intrants pour examiner le rôle et l'efficacité des initiatives au cœur du présent examen.

Idées et connaissances

Les idées et les connaissances sont des facteurs clés de l'innovation dans les entreprises. Les sociétés peuvent acquérir des idées et des connaissances par l'achat ou la licence de propriété intellectuelle. Elles peuvent aussi produire elles-mêmes des idées et des connaissances par l'entremise de travaux de R-D internes. Le secteur des entreprises au Canada accuse un retard par rapport à des pays comparables en ce qui a trait à l'ampleur des activités de R-D qu'il réalise, compte tenu de la taille de l'économie (tel qu'indiqué à la Figure 1).

Cela dit, l'intensité des DIRDE varie considérablement d'une entreprise, d'une région et d'un secteur industriel à l'autre. En termes absolus, les dépenses de R-D du secteur privé sont effectuées par un nombre relativement faible de grandes entreprises dans un nombre restreint de secteurs. Toutefois, bien que la grande majorité des petites entreprises n'exécutent pas de R-D, celles qui en font ont tendance à y consacrer plus de ressources que les plus grandes, c'est-à-dire qu'elles consacrent à la R-D un pourcentage plus élevé de leurs revenus. Plus précisément, les données préliminaires de Statistique Canada pour 2007 indiquent que les dépenses de R-D des plus grandes entreprises qui exécutent de la R-D (et dont les revenus sont supérieurs à 400 millions de dollars) représentent 1 p. 100 de leurs revenus. Par contre, dans le cas des plus petites sociétés qui exécutent de la R-D (et dont les revenus sont inférieurs à 1 million de dollars), la proportion atteint près de 40 p. 1008.

L'écosystème de commercialisation de la R-D

Les inventions ne sont pas considérées comme des « innovations » commerciales tant qu'elles n'arrivent pas à véritablement percer sur un marché. La commercialisation est un processus multiple, complexe et non linéaire qui comporte une ou plusieurs des activités suivantes : la planification opérationnelle, l'identification des besoins de la clientèle, la recherche fondamentale et appliquée, le développement expérimental, l'engagement sur le marché et les études de commercialisation, et le financement.

Les rôles des divers intervenants dans l'écosystème de commercialisation du Canada sont tout aussi complexes. Les laboratoires gouvernementaux réalisent des expériences scientifiques en appui aux mandats de la politique publique et, dans des cas comme celui du Conseil national de recherches du Canada, participent à de la R-D à caractère commercial. Les universités, les collèges communautaires, les cégeps et les collèges polytechniques fournissent des diplômés de grande qualité pour renouveler et enrichir la main-d'œuvre14. Avec l'appui des conseils subventionnaires fédéraux et d'autres bailleurs de fonds, ces établissements effectuent aussi de la R-D, les universités réalisant une part considérable de la recherche fondamentale (quoique les activités de recherche fondamentale et appliquée soient de plus en plus entremêlées). Quant aux cégeps, aux collèges communautaires et aux collèges polytechniques qui font de la R-D, leurs recherches visent souvent à aider les entreprises à relever des défis sur le plan de la commercialisation, en transformant ces défis en problèmes faisant l'objet des travaux recherche appliquée des étudiants. Pour ce qui est des activités de R-D dans le secteur privé, la plupart des entreprises effectuent des recherches appliquées visant explicitement les besoins de l'entreprise et particulièrement la commercialisation.

Dans une optique régionale, il y a aussi des variations significatives dans l'intensité des DIRDE : les deux provinces qui affichent la plus forte intensité des DIRDE (l'Ontario et le Québec) représentent environ 80 p. 100 des dépenses de R-D des entreprises canadiennes9. En outre, l'intensité des DIRDE varie considérablement d'un secteur industriel à l'autre, 80 p. 100 environ de la R-D étant concentrée dans des secteurs qui représentent environ 25 p. 100 du PIB10. Certains des secteurs manufacturiers présentant la plus forte intensité des DIRDE comprennent : les machines de comptabilité et d'informatique de bureau; l'équipement de radio, de télévision et de communication; et l'industrie pharmaceutique.

En raison de l'intégration de l'économie du Canada et de celle des États-Unis, l'évolution de l'écart entre le Canada et les États-Unis concernant l'intensité des DIRDE revêt un intérêt particulier (la Figure 3 ci-dessous présente une ventilation par secteur de l'écart pour l'année la plus récente pour laquelle on possède des données comparables). Le CAC a réalisé une analyse sectorielle de l'écart au cours de la période de 16 ans commençant en 1987. L'analyse est arrivée aux conclusions suivantes :

Les facteurs les plus importants de cette tendance ont été (i) la forte réduction de la contribution du secteur manufacturier à l'écart et (ii) la part de plus en plus grande de l'écart occasionnée par les services commerciaux depuis le milieu des années 1990. L'évolution générale de la production et de l'emploi vers le secteur des services se produit plus rapidement aux États-Unis qu'au Canada et le dynamisme innovant dans l'économie américaine se situe de plus en plus dans le secteur des services. La forte tendance à l'investissement dans les TIC aux États-Unis […] est conforme à cette évolution vers les services11.

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L'analyse a aussi pris en considération les effets de deux facteurs clés qui contribuent à l'écart : les variances dans la composition sectorielle des économies canadienne et américaine ainsi que les différences d'intensité de la R-D à l'intérieur d'un même secteur. Elle a conclu que : « le niveau de dépenses en R&D des entreprises dans les mêmes secteurs est généralement inférieur au Canada qu'aux États-Unis et explique mieux cet écart […] que la composition sectorielle de l'économie canadienne — c'est-à-dire le poids plus élevé dans l'économie canadienne des industries axées sur les ressources et des autres sphères d'activité où les dépenses en R-D sont intrinsèquement faibles.12 ». Bref, comparativement aux États-Unis, on observe une faiblesse généralisée en matière d'intensité des DIRDE dans de nombreux secteurs au Canada.

Figure 3 : Répartition par secteur de l'écart entre les É.-U. et le Canada au chapitre de l'intensité des DIRDE, 200315
  Part du secteur dans le PIB des entreprises (en %) Intensité des DIRDE (en %) Part de l'écart entre les É.-U. et le Canada
Canada É.-U. Canada É.-U. Écart

* À l'exclusion de l'agriculture, de l'exploitation des forêts naturelles et des services des biens immobiliers. (Retour au renvoi 1)

L'écart est calculé de la façon suivante : la part du secteur dans l'intensité des DIRDE multipliée par la part du secteur dans le PIB des entreprises. (Retour au renvoi 2)

n.c.a. = non classifié ailleurs. (Retour au renvoi 3)

§ Secteur regroupant en vrac des sous-secteurs (instruments de précision, par exemple) qui ne sont pas définis dans la base de données de l'OCDE. (Retour au renvoi 4)

Secteur * 100.0 100.0 1.86 2.90 1.045
Secteur manifacturier 25.4 21.4 4.51 8.20 0.611
Véhicules automobiles et pièces 3.3 2.0 2.07 13.31 0.199
Industrie pharmaceutique 0.6 1.1 25.10 21.12 0.081
Aéronefs et vaisseaux spatiaux 0.7 0.7 16.95 28.05 0.070
Produits chimiques, sauf produits pharmaceutiques 1.4 1.5 2.24 6.68 0.068
Machinerie et matériel n.c.a. 1.6 1.4 3.86 6.69 0.028
Produits en caoutchouc et en plastique 1.3 0.9 0.43 2.75 0.020
Aliments, boissons et tabac 3.2 2.4 0.62 1.29 0.011
Machines et appareils électriques n.c.a. 0.4 0.7 5.63 4.25 0.010
Autres produits minéraux non métalliques 0.7 0.7 0.84 1.05 0.001
Cokéfaction, produits pétroliers raffinés et combustibles nucléaires 0.5 0.6 3.59 3.35 0.000
Produits métalliques manufacturés (sauf machines et matériel) 1.8 1.5 1.25 1.29 -0.003
Textiles, cuir et chaussures 0.8 0.6 1.17 0.75 -0.005
Équipement de radio, de télévision et de communication 0.8 1.0 43.68 33.60 -0.008
Machines de comptabilité et d'informatique de bureau 0.1 0.3 55.91 13.93 -0.016
Métaux de base 1.4 0.6 2.54 1.38 -0.028
Pâtes, papier, articles de papier, imprimerie et édition 5.3 3.6 2.45 1.49 -0.075
Autres secteurs manufacturiers§ 1.3 2.0 4.16 16.10 0.259
Services commerciaux 52.9 66.2 1.21 1.72 0.496
Vente en gros et vente de détail 17.3 20.1 0.52 1.91 0.294
Autres service commerciaux 14.6 24.1 2.90 2.92 0.279
Intermédiation financière 10.9 12.5 0.36 0.17 -0.018
Transports, entreposage et communications 10.1 9.5 0.86 0.29 -0.059
Mines et carrières 9.5 2.1 0.51 0.08 -0.046
Services d'utilité publique 4.1 3.2 0.43 0.07 -0.015
Construction 8.1 7.2 0.07 0.07 -0.001

Dans un rapport à venir portant sur les politiques d'innovation dans les entreprises, l'OCDE indique que plusieurs pays de l'OCDE accordent une importance accrue à l'approvisionnement en vue de stimuler la demande d'innovation en entreprise13.

Personnes talentueuses, instruites et ayant de l'entrepreneurship

Un des rôles fondamentaux des universités, des collèges communautaires, des cégeps et des collèges polytechniques du Canada est d'instruire les personnes dont les compétences et les talents sont nécessaires pour appuyer l'innovation dans les entreprises14. Ce type d'innovation dépend de travailleurs possédant un vaste éventail de compétences créatives, entrepreneuriales, commerciales, administratives, techniques et scientifiques. Ainsi, les entreprises canadiennes ont besoin de personnes ayant des connaissances et de l'expertise dans une gamme de disciplines, allant de la science, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques (les disciplines STIM) au commerce, à la gestion, aux sciences humaines, aux professions et aux arts.

Le bilan du Canada à cet égard est mitigé. Le Canada se classe au premier rang des pays de l'OCDE pour ce qui est des taux d'obtention de diplômes collégiaux et il se situe autour de la moyenne de l'OCDE pour ce qui est des taux d'obtention du baccalauréat. Toutefois, il est en deçà de la moyenne de l'OCDE quant aux taux d'obtention de maîtrises et de doctorats16. Ce phénomène semble relié, en partie, à la faible demande pour les détenteurs de ces diplômes. Comparativement aux États-Unis, dans la plupart des secteurs industriels au Canada, une plus faible proportion des travailleurs possède un diplôme universitaire de cycle supérieur17. En outre, comparativement aux diplômés du secondaire, l'avantage salariale des titulaires d'un diplôme universitaire de cycle supérieur est plus bas au Canada qu'aux États-Unis18. Cette situation semble conforme à d'autres études voulant que, en général, les entreprises canadiennes ne soient pas aussi résolues à investir dans le recrutement et la rétention de diplômés canadiens de grand talent en vue de mettre en œuvre des stratégies axées sur l'innovation.

Une autre dimension vitale de l'innovation dans les entreprises est l'existence d'une solide base de compétences en entrepreneuriat et en commerce. Certaines données permettent de croire que le Canada fait face à des défis à cet égard. Par exemple, comme le fait remarquer le rapport L'état des lieux du CSTI : « Le Canada décerne beaucoup moins de diplômes en commerce (1er et 2e cycles) que les États-Unis. De façon générale, les gestionnaires canadiens ont fait des études moins poussées que leurs homologues américains, et les PDG de nos plus grandes entreprises sont relativement moins nombreux à avoir un diplôme de deuxième cycle19. »

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Réseaux, collaborations et liens

La collaboration entre les entreprises, les gouvernements et le secteur de l'enseignement supérieur peut favoriser l'introduction fructueuse de nouveaux produits et procédés. Les entreprises forgent des partenariats stratégiques pour se brancher sur les réseaux mondiaux du savoir, partager les résultats des recherches et les risques en matière de R-D, mettre en commun le personnel compétent, commercialiser des inventions et faciliter l'accès à de nouveaux marchés. C'est donc dire que les infrastructures sociale et physique qui mettent en rapport des collaborateurs et des réseaux — et, à une plus grande échelle, des grappes industrielles — sont importantes pour l'innovation et la commercialisation.

Une collaboration efficace entre l'entreprise et l'enseignement supérieur dépend de l'établissement de liens entre, d'une part, la pression de l'offre de recherches et de découvertes et, d'autre part, l'attraction du marché provenant des entreprises qui cherchent à mettre à profit leurs possibilités commerciales. Dans son survol de la collaboration entre les secteurs public et privé, le CSTI explique ce qui suit :

Bien que le tableau général soit inégal, la prépondérance des résultats permet de penser que beaucoup d'universités canadiennes sont des établissements scientifiques de premier ordre. Toutefois, dans une économie du savoir, on ne pense pas qu'il soit suffisant que les universités d'un pays produisent de la recherche scientifique de pointe de manière isolée. De plus en plus d'études portent à croire que l'établissement de liens véritables entre les trois principaux secteurs de financement et de réalisation de l'innovation [entreprise, enseignement postsecondaire et gouvernement] contribue de manière significative au succès d'un système national d'innovation, surtout comme mécanisme de transfert des S-T dans la sphère commerciale20.

Le Canada se situe au-delà de la moyenne de l'OCDE quant au pourcentage des dépenses de R-D du secteur de l'enseignement supérieur financées par les entreprises; il s'agit de l'un des indicateurs positifs de l'état du partenariat entre le public et le privé au pays21. Cela suggère que les établissements de l'enseignement supérieur constituent une importante ressource pour l'innovation par les entreprises dans certaines activités et certains secteurs. Par contre, le CSTI souligne que « l'OCDE place le Canada vers la fin de son classement des pays d'après la proportion des entreprises collaborant avec les universités pour la R-D22. »

Bien que la commercialisation soit une dimension clé de la collaboration, des réseaux et des liens entre les secteurs public et privé, il faut signaler que de tels partenariats procurent de nombreux autres bénéfices, notamment : des communications et une consultation scientifiques ouvertes; l'accès de l'industrie à de l'équipement, des installations et du personnel spécialisés (y compris, particulièrement, d'éventuels employés); et l'effet de stimulation procuré par les nouvelles questions et orientations de recherche suscitées par les problèmes auxquels se heurtent des entreprises innovatrices.

Capital et financement

Les entreprises innovatrices en démarrage ne peuvent devenir des entreprises durables que si elles ont accès au capital de risque qui leur permettra de faire le pont entre leurs idées novatrices et la viabilité commerciale. Le capital de risque peut provenir des revenus internes de l'entreprise ou de sources de capital externes. En ce qui a trait aux sources externes, le capital peut se présenter sous les formes suivantes :

  • Capital de démarrage. Au cours des premières étapes du développement d'une entreprise, ou des étapes de démarrage, les entrepreneurs doivent financer des activités telles que la validation du concept et le développement du produit. Pour ce faire, ils dépendent souvent d'investissements informels faits par la famille, des amis ou des « anges » — ces derniers, qui n'ont pas de rapport avec l'entreprise, sont habituellement des personnes fortunées connaissant le secteur d'affaires et les technologies pertinentes.
  • Capital de risque (CR). Au cours de l'étape de validation commerciale, après le démarrage, les entrepreneurs dépendent du capital de risque, qui provient habituellement de fonds qui sont gérés par des professionnels et qui regroupent les ressources de plusieurs investisseurs. De concert avec le capital de démarrage, le capital de risque est essentiel à la survie et à la croissance d'entreprises en démarrage, qui n'ont habituellement pas accès au financement institutionnel traditionnel, compte tenu que leurs projets sont difficiles à évaluer pour des non-spécialistes, qu'ils comportent de plus grands risques que les autres classes d'investissement et qu'ils exigent de longs délais avant d'en arriver à l'étape de la commercialisation.
  • Appui des institutions traditionnelles. Lorsqu'une entreprise franchit les premières étapes de la commercialisation et cherche à prendre rapidement de l'expansion pour passer de l'étape de la petite entreprise à celles de la moyenne ou de la grande entreprise, il lui faut disposer de capitaux plus abondants. Dans la plupart des économies, ce rôle revient aux marchés publics. Toutefois, certaines institutions — c'est-à-dire le capital privé, les régimes de retraite et les banques — peuvent cibler ce créneau et fournir le capital de risque à l'étape de l'expansion.

Sans une présence active au Canada de sources suffisantes de capital — y compris les connaissances, l'expérience et le mentorat des investisseurs qui l'accompagnent et qui sont d'une importance critique — on risque que les avantages commerciaux procurés par les innovations qui prennent naissance au Canada soient exploités par des entreprises d'autres pays ayant accès à davantage de capitaux.

Dans son analyse du capital de risque au Canada, le CAC conclut que « le peu de données dont on dispose sur les sources "informelles" d'investissement au Canada semble indiquer que ces sources sont beaucoup moins vastes, toutes proportions gardées, que les sources comparables aux États-Unis23 ». Il note que ceci a des répercussions bien au-delà des enjeux liés à la disponibilité du financement, car les investisseurs sont une source irremplaçable de conseils, de mentorat et d'expertise.

Pour ce qui est des entreprises de capital de risque, l'analyse du CAC relève aussi divers défis auxquels fait face le Canada. Par exemple, il met en relief les taux de rendement plus faibles des fonds de capital de risque canadiens par rapport aux fonds américains. Le CAC conclut que « la faiblesse relative des performances de l'industrie du CR au Canada est liée au fait que cette industrie est relativement jeune et qu'elle n'a pas encore acquis suffisamment d'expérience pour pouvoir sélectionner et conseiller les meilleurs candidats potentiels pour les investissements en CR24 ».

Les dépenses d'immobilisation au titre de la machinerie et de l'équipement peuvent aussi stimuler l'innovation au sein des entreprises, car elles intègrent les plus récentes idées, technologies et innovations développées par des tiers. Dans son plus récent rapport sur le Canada, l'« Institute for Competitiveness & Prosperity » montre que le secteur commercial du Canada a depuis longtemps accusé un retard par rapport à celui des États-Unis en matière d'investissements par travailleur dans la machinerie TIC, l'équipement TIC et le logiciel. En 2009, l'écart entre le Canada et les États-Unis à cet égard était d'environ 1 500 $ (ou près de 40 p. 100) par travailleur. L'institut indique que deux principaux facteurs ont, dans le passé, fait hésiter les entreprises à accroître les investissements dans la technologie : les taux d'imposition relativement élevés sur les investissements en capitaux et le manque d'intensité de la concurrence. Par contre, l'institut souligne qu'il a eu des progrès importants relatifs aux taux d'imposition25. En ce qui a trait à l'intensité de la concurrence au Canada, il se peut qu'elle soit affaiblie par la taille relativement petite des marchés canadiens ainsi que les variances d'un secteur à l'autre quant au degré d'ouverture à la concurrence internationale26.

Pour de plus amples renseignements sur les sujets abordés dans la section 2, veuillez vous reporter aux documents de référence qui seront affichés périodiquement dans le site du groupe d'experts à compter de janvier 2011 (www.rdreview-examenrd.ca)27.

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Questions pour la consultation

  1. En plus de l'activité de R-D définie par l'OCDE, le gouvernement devrait-il financer d'autres activités des entreprises ayant trait à la commercialisation de la R-D? Le cas échéant, lesquelles et pourquoi?
  2. La Figure 2 ci-dessus, le modèle d'innovation dans les entreprises, saisit-elle les principaux facteurs structurels et les facteurs d'innovation? Sinon, que manque-t-il?
  3. En ce qui a trait au capital, y a-t-il une offre suffisante de capital de risque à l'intention des entreprises canadiennes à chaque étape de leur croissance (démarrage, petite, moyenne, grande)? Sinon, pourquoi? Lorsque le rendement sur l'investissement est faible, quelles en sont les raisons et quelles pourraient être les solutions?
  4. En ce qui a trait aux idées et aux connaissances, croyez-vous important que les entreprises canadiennes effectuent leur propre R-D et, le cas échéant, quels sont à votre avis les principaux facteurs qui ont limité les activités de R-D dans les entreprises au Canada?
  5. En ce qui a trait aux réseaux, aux collaborations et aux liens, quelles sont les principales entraves à la création de partenariats fructueux entre des entreprises et des universités, ou entre des entreprises et des collèges communautaires ou cégeps? Le système d'enseignement postsecondaire possède-t-il les capacités, les approches et les politiques nécessaires pour créer des partenariats efficaces avec l'entreprise?
  6. En ce qui a trait à la création d'une demande d'innovation dans les entreprises, quel rôle, le cas échéant, croyez-vous que le gouvernement devrait jouer en devenant un « premier client » des investissements dans la R-D au Canada?
  7. En ce qui a trait au talent, le Canada produit-il un nombre suffisant de diplômés possédant les compétences nécessaires pour stimuler l'innovation au sein des entreprises et la croissance de la productivité? Sinon, quels changements faudrait-il apporter? Là où la demande de compétences supérieures est faible, quelles en sont les raisons et quels changements, le cas échéant, sont nécessaires?
  8. Votre entreprise emploie-t-elle des étudiants actuellement inscrits dans des cégeps, des collèges communautaires, des collèges polytechniques et des universités; le cas échéant, comment s'y prend-elle? Quelles mesures le gouvernement pourrait-il mettre en place pour améliorer la capacité des entreprises de travailler avec les étudiants dans ces établissements et de les recruter une fois qu'ils auront obtenu leur diplôme?